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Réalité Augmentée : quelle transformation pour l’espace public ?

 

A l’image de la 3D, la « Réalité Augmentée » tend à se démocratiser, elle est aujourd’hui passée du statut de technologie de science-fiction à une véritable…réalité, appréhendable par tous. Le « Gartner Hyper Cycle 2010 » que nous évoquions précédemment place d’ailleurs celle-ci au plus haut de ses attentes.

Cette technologie permet, via l’intermédiaire d’un Smartphone, de compléter notre perception du monde réel en y ajoutant des éléments fictifs, non perceptibles naturellement. Concrètement, en termes d’usages urbains, ses applications ouvrent de nombreuses perspectives : navigation piétonne, interactions sociales, publicités contextuelles… « Mairie de Lyon à 150 mètres, services ouverts du lundi au vendredi 9h-12h30, 14h-17h30. » bientôt, en se promenant dans les rues, il suffira de toucher du doigt son téléphone portable pour visualiser les services situés à proximité, avec tous les détails pratiques.

« Métro Paris » a été l’une des premières applications du genre, permettant aux possesseurs d’iPhone, grâce à la caméra et à la boussole intégrées, de trouver les stations les plus proches d’eux ainsi que d’avoir les informations sur les monuments historiques de la capitale. Plus que d’être un simple gadget au service de la mise en lumière du développement numérique de territoires urbains, l’application de la réalité augmentée à l’espace public facilite l’accès aux informations de manière précise et intuitive.

ci-dessous :  « Layar », premier navigateur mobile à réalité augmentée

Image de prévisualisation YouTube

Mais si celle-ci nourrit effectivement les fantasmes technologiques actuels, elle est accompagnée, comme chaque révolution, de craintes, parfois fondées, parfois injustifiées :

Prenons tout d’abord le support ;  les Smartphones se révèlent être les meilleurs plateformes d’utilisation de cette réalité augmentée car ils réunissent l’ensemble des technologies nécessaires : fonctions de géolocalisation, appareil photo, résolution des écrans en haute définition, puissance de calcul suffisante, sans oublier l’essentiel, la connexion Internet. Si environ un tiers de la population n’a pas encore accès à un ordinateur, près de 59 millions de Français, soit 91,8% d’entre eux, (Arcep) utilisent un téléphone mobile, mais quel est, parmi ceux-ci, le pourcentage réel de téléphones intelligents ?  (Ces Smartphones ont un certain coût et nécessitent également une adaptation.) Une part importante de la population pourrait donc être exclue de cet espace public « on-line », faute de formation ou d’argent…Or n’est-ce pas sa vocation première, que de rassembler ? N’est-il pas censé pallier aux cloisonnements induits par des choix d’aménagements pas toujours très juste ?

Ensuite, avec un espace public ainsi connecté, quelle est la place laissée à l’initiative ? à la découverte ? à l’aléa ? Cette masse d’information qui se cale sur notre espace réel va bien évidemment influer sur certains de nos choix. Lorsque je pointe un magasin ou un restaurant à l’aide de mon mobile, j’ai accès à des codes de réduction, mais également à des commentaires sur la qualité du service, de la nourriture, des produits et donc mon choix peut être fait en conséquence… Suite à la journée de prospective, CiTIC /Numérique et espaces urbains du 15 octobre dernier, j’ai eu la chance d’assister à la restitution d’un Workshop organisé par l’école des beaux-arts sur le sujet, et un des projets revenait justement sur cette problématique : « Aleas » proposait ainsi de créer des « bugs » pour redynamiser l’espace urbain. Comment rendre sa place au hasard dans l’espace public via le numérique ? Ce projet imaginait une ville semi-numérique, dans laquelle l’interaction avec les différentes installations urbaines déclencherait de manière aléatoire des « bugs » ! (Panneaux d’affichage dysfonctionnant, affichant différents messages « décalés » en rapport avec le lieu et la situation etc.)

Au-delà de la surcharge d’informations « utiles », c’est surtout vers les publicités intrusives que convergent les craintes. Il s’agira donc pour les concepteurs et les annonceurs, de les intégrer au mieux et de privilégier l’expérience utilisateur.

Cette vidéo produite par Keiichi Matsuda illustre les dérives potentielles de tels dispositifs, non sans humour et sans exagération.

D’autre part, le danger potentiel de tels outils de numérisation de l’espace public, serait peut-être une limitation des interactions entre individus : demander son chemin, se reposer dans un jardin public inconnu, flâner sans but dans les rues… Cette vision quelque peu pessimiste de la ville, si elle voit le jour, créerait en vérité, un espace où se croiserait des individus toujours privés, enfermés dans une bulle choisie par eux seuls, et empêcherait la réalisation véritable du « public » dans l’espace…

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Une Réponse pour “Réalité Augmentée : quelle transformation pour l’espace public ?”

  1. Depuis peu, on peut utiliser son Smartphone sur certains panneaux publicitaires mis en place par JC Decaux, qui propose du contenu complémentaire via un affichage de QRCODE. (Il faut cependant télécharger l’application U-snap.)

     

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